Rajeunir tout en gardant ses traits

Rajeunir tout en gardant ses traits …!

Ce fut longtemps la chirurgie esthétique par excellence. Les parties découvertes de la face et du cou sont le vecteur de ce que nous sommes et de ce que nous voulons paraître. C’est la première partie de ce qu’on livre au regard de l’autre, et si cet autre désire communiquer, il va absorber une infinité de détails en une fraction de seconde, détails qui vont être traités par son cerveau, puis restitués à sa conscience sous la forme de ressentis impalpables (impressions, intuitions, prémonitions) qui ne demandent ensuite qu’à être confirmés ou infirmés à l’aide des outils de la communication verbale et non verbale. Cela vaut pour des gens qui ne se connaissent pas, mais aussi pour des gens qui se connaissent déjà. Quand on demande le matin à son voisin comment il va, on peut déjà lire la réponse sur son visage avant même qu’il ne formule l’inévitable : « Très bien, et vous ? »

Ainsi, le visage est notre « document d’identité », quasiment infalsifiable malgré l’existence des jumeaux et des sosies tant les paramètres d’identification sont nombreux. De ce fait, nous avons un extrême attachement à ce que nous paraissons au travers de notre visage. Nous voulons pouvoir le modifier à notre guise (port de la barbe, maquillage, piercings, tatouages, coiffure…), mais ne supportons aucune modification imposée ou involontaire (cicatrices d’acné, de brûlure ou autres, taches de naissance, déformation accidentelle ou congénitale, vieillissement…).

Cette sphère de la tête et du cou est tellement fondamentale de l’individu que l’exercice chirurgical qui s’y attache, qui vise à restaurer l’intégrité de cette région, est devenu autonome sous le terme de « chirurgie maxillo-faciale ». Cette dernière fut même l’origine réelle de la chirurgie esthétique, après le désastre de la Première Guerre mondiale.

 Pour ce qui est du volet esthétique…

Comme nous l’avons antérieurement défini, il s’agit de trouver une « autre normalité ». Il est en effet normal de vieillir, mais il peut être licite de désirer retrouver la normalité d’il y a dix ans : c’est le rôle des interventions de rajeunissement. Attention cependant, rajeunissement des traits ne veut pas dire changement d’identité, ni même rassemblement dans un club de patients qui auraient tous un peu les mêmes traits ; il est au contraire très important de traiter chacun et chacune en fonction de sa propre identité. Chaque traitement chirurgical proposé ne doit donc être applicable qu’à une seule personne.

On doit proposer une personnalisation absolue du traitement sans imposer de contraintes inacceptables : cicatrices visibles dénonçant la chirurgie, modification des expressions, changement de couleur de certaines zones cutanées (dyschromies), augmentation de la pousse des poils ou des duvets (hypertrichose)… Il faut, en résumé, que l’opéré ne soit pas obligé de dire à son entourage qu’il a été opéré, sauf bien sur s’il le souhaite. C’est la condition sine qua non pour que la chirurgie du visage et du cou débouche sur des succès. Dans les débuts, au cours des années cinquante, on considérait que le vieillissement provoquait seulement un excès de peau qu’il fallait résorber et que le nez devait être droit, fin, petit et serré aux narines.

 Le Miroir à deux faces

C’est à peu près à cette époque, en 1958 exactement, qu’est sorti le Miroir à deux faces d’André Cayatte, avec Bourvil et Michèle Morgan, dans lequel cette dernière ne se reconnaît plus après une intervention esthétique du nez et glisse dans un véritable dédoublement de la personnalité morbide et destructeur. Il y a fort à parier que, dans ce cas, le trouble psychique existait préalablement à l’intervention et qu’il s’est développé à l’occasion de l’acte chirurgical. Ce chef-d’œuvre cinématographique nous rappelle à quel point il est nécessaire d’être attentif à tous les troubles préexistants, et donc d’avoir une écoute appliquée lors des entretiens préopératoires, qu’il faut savoir renouveler si nécessaire.

En résumé, le visage est notre devanture, c’est l’aspect visible que nous accordons aux autres comme reflet de la complexité de notre personnalité invisible. À ce titre, il faut savoir le traiter avec le plus grand respect.

Source : Le Guide Hachette De La Chirurgie Esthétique 

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